L’hypocrisie sociale autour de l’escorting : jugé en public, adoré en privé
Le double visage d’une société moraliste
Il y a peu de sujets aussi chargés d’hypocrisie que celui de l’escorting. En public, tout le monde s’indigne. On parle de décadence, de perte de valeurs, de marchandisation du corps. On condamne, on rit, on fait semblant de ne pas comprendre. Mais derrière les rideaux tirés, dans les hôtels luxueux, les appartements discrets ou même via les applications les plus innocentes, c’est une autre histoire. Là, l’escorting n’est plus un scandale, mais un secret bien gardé — un plaisir assumé, mais jamais avoué.
Ce double discours dit tout sur notre époque. Nous vivons dans une société obsédée par le désir, mais incapable de l’assumer. On glorifie la sensualité à travers la publicité, les réseaux sociaux, les films, mais on condamne ceux qui la vivent sans fard. Les hommes qui fréquentent des escortes ne sont pas rares : ils sont banquiers, avocats, artistes, étudiants, mariés, célibataires. Ce sont des hommes qui, souvent, ont tout — sauf la liberté d’être eux-mêmes. L’escorte devient alors la seule personne à qui ils peuvent parler sans rôle, sans devoir prouver quoi que ce soit.
Ce que la société ne supporte pas, ce n’est pas le sexe tarifé, mais la vérité qu’il révèle : celle d’un monde où le désir et la solitude s’achètent parce qu’ils ne se trouvent plus naturellement. La morale publique n’a rien contre le plaisir ; elle a peur de la lucidité.
L’hypocrisie du jugement et la peur de la liberté
Rien n’effraie plus la société que ceux qui assument leurs choix. L’homme qui avoue voir une escorte devient immédiatement une cible : on le traite de faible, de pervers, d’homme sans émotion. L’escorte, elle, est étiquetée, méprisée, réduite à une fonction. Pourtant, quand on regarde de plus près, les mêmes qui jugent sont souvent ceux qui consomment. Les plus grands moralisateurs sont parfois les plus fidèles clients, les plus farouches détracteurs les plus curieux en secret.

Le problème, c’est que l’escorting met à nu notre hypocrisie collective. Il expose le fait que beaucoup d’hommes et de femmes vivent des relations fausses, où tout est calculé : l’amour comme un échange, le mariage comme une transaction, le couple comme une vitrine sociale. Mais quand cet échange devient explicite, quand il s’affranchit du mensonge romantique, cela choque. L’argent n’est pas le vrai tabou — c’est l’honnêteté.
Ceux qui fréquentent des escortes vivent une vérité que peu osent affronter : ils paient pour un moment de présence sincère, pour une émotion claire, sans drame ni illusion. Ce n’est pas une faiblesse, c’est une manière d’être lucide dans un monde saturé de faux-semblants. Mais cette lucidité, la société ne la tolère pas, parce qu’elle remet en question ses fondations : la croyance que le désir, l’amour et la morale doivent marcher main dans la main.
Et pourtant, derrière le rideau du scandale, le commerce du plaisir continue de prospérer. Pas parce qu’il est sale ou honteux, mais parce qu’il répond à un besoin réel que la société nie tout en l’alimentant. Les mêmes qui jugent l’escorting défilent sur les plateformes de rencontres, consomment des images de corps parfaits et rêvent d’une liberté qu’ils n’ont pas le courage de s’offrir.
Le miroir que personne ne veut regarder
L’escorting n’est pas le problème. C’est le symptôme. Le miroir d’une société frustrée, tiraillée entre morale et désir, entre envie et peur. Ce n’est pas une question de vice, mais d’honnêteté. L’escorte et son client vivent dans un espace que le monde extérieur n’ose pas explorer : un espace où tout est clair, où les règles sont connues, où l’émotion peut exister sans hypocrisie.
Il y a une ironie amère dans cette histoire. L’homme qui paie une escorte est jugé pour sa franchise — parce qu’il ne cache pas son besoin. Celui qui ment à sa femme, qui trompe dans le secret ou qui vit dans une relation morte, lui, est applaudi pour son “normalité”. La morale préfère le mensonge discret à la vérité dérangeante.
Mais cette hypocrisie a ses limites. Plus la société se veut vertueuse, plus ses désirs se font clandestins. Et à mesure que le monde devient plus connecté, plus transparent, le secret devient presque une forme de résistance.
Car au fond, ceux qui vivent ces rencontres en silence ne sont pas des dépravés, mais des réalistes. Ils ont compris que le désir n’a pas besoin d’un alibi, que l’intimité n’a pas besoin d’être validée par la société pour être sincère. L’hypocrisie publique peut continuer à faire semblant de ne pas voir, mais la vérité, elle, circule déjà — derrière les portes closes, dans les regards échangés, dans le parfum d’un secret que personne n’ose nommer.